Mindfulness : une approche corporelle de la psychologie

Par Anaëlle Malherbe · Psychologue · Publié le 15 décembre 2017, mis à jour le 3 mars 2020

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Les personnes qui consultent des psychologues, psychiatres ou thérapeutes, font généralement face à un stress ou à un état émotionnel négatif. La plupart des thérapies se centrent sur l’aspect cognitif. Cet article se propose de présenter une approche différente qui se centre sur le corps.

mindfulness

« When we leave our bodies, we leave home. » Tara Brach

Le stress a un impact sur notre cerveau, la sécrétion de certaines hormones (cortisol notamment) et l’activation du système sympathique. Cela met en exergue l’importance de la place du corps et de nos ressentis dans une prise en charge thérapeutique.

De manière instinctive, nos réactions face au stress émotionnel (rupture affective, deuil, vécu de harcèlement, …) ou face à un traumatisme (attentat, violence, témoin de guerre, …) se résument à trois schèmes : se battre, s’immobiliser ou s’enfuir. Ce mode de réponse est lié à notre cerveau primitif.

Un travail introspectif permet de comprendre son propre fonctionnement et de donner son sens à des événements ou des réactions. Cependant, se remémorer la situation potentiellement traumatique peut également accentuer la trace mnésique. Ainsi, il est à la fois important de faire un travail d’élaboration psychique tout en utilisant une technique centrée sur le corps. Nous savons que nos émotions sont vécues dans notre soma.

La mindfulness

Cette approche qui provient des pratiques orientales, et notamment de la méditation appliquée aux situations pathologiques, se présente comme une alternative aux stratégies cognitivistes. Kabat Zinn (1990) a créé la technique méditative de la Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR), dont la finalité est d’agir sur le bien-être physique et mental. Cette technique propose notamment d’améliorer les symptômes liés au stress, à la dépression, aux insomnies, aux troubles alimentaires, etc. Hölzel et son équipe ont observé que la pratique régulière de la pleine conscience semble agir sur l’hypophyse, structure impliquée dans la régulation émotionnelle.

La mindfulness est une technique de méditation qui implique de « porter son attention de manière spécifique, avec un but, au moment présent et sans jugement » (Kabat-Zinn, 1994) En adoptant une posture d’ouverture, le pratiquant se centre sur l’instant présent en cherchant à accepter sans jugement ce qui se passe en lui. Ainsi, méditer en pleine conscience apprend à accepter ses pensées et ses ressentis même lorsqu’ils sont désagréables.

Prendre conscience de ses sensations permet d’être attentif à la naissance de ses pensées et des émotions liées. Cette pratique modifie nos ruminations en nous apprenant à ne pas nous laisser entraîner par un discours interne négatif.

Nos pensées sont comme nos émotions et nos sensations : ce sont des phénomènes éphémères. En prendre conscience, c’est s’ouvrir à une autre manière de percevoir et vivre les évènements. Un état de sérénité peut succéder à un état de trouble intérieur.

La mindfulness intègre le fait que la souffrance fait partie de la vie. Elle permet à notre énergie de ne pas s’épuiser à lutter contre la souffrance mais à garder l’esprit ouvert afin de ne pas entretenir celle-ci.

La MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) ou « Réduction du stress basée sur la pleine conscience »

Protocole mis en place à la fin des années 70 aux Etats Unis. Jon Kabat Zinn l’instaure à la clinique de réduction du stress au sein du centre hospitalier du Massachusetts. Durant huit séances échelonnées sur 2 mois, les participants apprennent à développer leur pleine conscience afin d’orienter leurs pensées, émotions et comportements vers une meilleure santé physique et mentale.

Une partie est dédiée à des pratiques informelles et l’autre à la pratique formelle. Ces deux manières de pratiquer permettent de prendre conscience du fonctionnement en pilotage automatique, des ruminations mentales et de certaines émotions en lien avec des ressentis corporels. En effet dans notre vie quotidienne, nous avons tendance à agir de manière parfois automatique.

L’apport bénéfique de la MBSR est ainsi attendu pour les dépressions, les maladies chroniques, et la gestion de la douleur, de l’anxiété et du stress.