Enfants : Comment s’intégrer dans un nouveau pays ?

Par Bertrand Guérineau · Psychologue · Mis à jour le 3 mars 2020, publié le 24 janvier 2018

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La question de l’adaptation au changement se pose pour tous les enfants dont les familles sont amenées à déménager à l’étranger. Plusieurs problèmes peuvent survenir, et de nombreuses difficultés peuvent venir compliquer le processus d’adaptation des enfants dans leur « nouvel univers » marqué par une langue, une culture et des fonctionnements parfois très différents de ceux qu’ils connaissent.

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Objets et enjeux

  1. Permettre aux enfants de bien comprendre le projet familial, pour y trouver une place et pour ne pas se sentir exclu de ce processus.
  2. Faciliter l’épanouissement de l’enfant dans un environnement nouveau et parfois très différent de ce qu’il connaît.
  3. S’appuyer sur une démarche active des parents concernant les questions d’adaptation de leurs enfants.

Comment expliquer le projet aux enfants ?

Avant tout projet de départ, et en fonction des possibilités d’anticipation, il sera nécessaire de présenter le projet à l’ensemble de la famille, afin de pouvoir fixer un cadre.

Il peut être par exemple important de répondre à un certain nombre de questions du type :

  • Pourquoi nous partons ?
  • Pourquoi dans ce pays ?
  • Dans quels buts ?
  • Quels sont les enjeux ?
  • Qui a décidé de ce départ ?
  • Est-ce qu’il y a des points positifs et négatifs ?
  • Qu’est-ce que cela va changer dans le fonctionnement de la famille ?
  • Pour combien de temps partons-nous ?
  • Est-ce que nous aurons la possibilité de faire des choix ?
  • Où allons-nous vivre ?
  • Qu’est-ce qu’on mange là-bas ?…

Permettre aux enfants de formuler des questions et d’obtenir des réponses est indispensable, même lorsque des points peuvent sembler « flous » ou peu « matérialisables ».

Le vécu des enfants ne sera pas nécessairement comparable, en fonction de leurs âges, de leurs vécus, de la manière dont ils gèrent le changement, et bien évidemment en fonction de leurs personnalités et des ressources personnelles dont ils disposent.

Ce type de bouleversement peut engendrer, au-delà des aspects bénéfiques classiques et inhérent à tout « voyage » des angoisses ou de l’anxiété associés à des registres particuliers. Ainsi, un enfant pourra redouter de ne pas pouvoir s’adapter à son nouveau quartier, ou à sa nouvelle école. Pour d’autres, ils vont fantasmer un tas de choses, en référence à la représentation qu’ils se font du pays de destination… Certains peuvent même vivre cela comme une « mort sociale » et un anéantissement de leur confiance à créer des liens avec l’extérieur.

Même s’il est évident que toutes les réponses ne seront pas en mesure d’apaiser certains doutes, il peut être important de bien cerner les points d’insécurité que l’enfant pourrait révéler ou exprimer. En effet, la réalité psychique et le vécu intérieur des enfants peuvent être absolument opposés et en contradiction avec les aspects positifs avancés par leurs parents. Par exemple, les motivations des parents et les fondements du projet ne seront pas des éléments facilitant pour les enfants qui ne se représentent pas les enjeux, notamment professionnels, sur les mêmes bases que leurs parents.

Evidemment, tout cela va varier en fonction des âges, du degré de maturité et d’autonomie des enfants.

Comment dynamiser et stimuler le processus d’adaptation ?

Permettre à des enfants de s’épanouir et de poursuivre leur développement psychique et social dans le cadre d’une mutation ou d’un départ à l’étranger ne se fait pas forcément naturellement. Cela peut venir bloquer ou inhiber un certain nombre de leurs compétences à créer du lien et à entrer en contact avec l’altérité.
Les difficultés d’adaptations peuvent survenir même quand un enfant semble en phase avec le projet de ses parents et bien qu’il ne semble pas objectivement impacté par ce bouleversement. Ainsi, certaines difficultés d’adaptation, à la langue voire aux codes sociaux, peuvent maintenir l’enfant dans une angoisse liée à son manque de capacité à être heureux et « comme avant ». Un sentiment d’insécurité et certaines difficultés relationnelles peuvent éventuellement faire survenir une dépressivité qui sera parfois cachée par les enfants, dans le but de ne pas perturber l’équilibre de la famille, voire les humeurs de ses parents…

Il peut être par exemple important de maintenir un lien étroit et privilégié avec les enfants, à la suite de chaque nouvelle expérience. Le premier jour d’école, les premières rencontres, la découverte de la ville ou du quartier, le ressenti lié aux interactions sociales, les contacts avec la population…
Les difficultés liées à la compréhension peuvent venir faire barrière à l’adaptation et à l’épanouissement des enfants dans leur nouvel environnement. Le risque, pour certains sera la tendance au repli sur soi voire à la mise en place de processus d’auto-exclusion. S’opposer, pour l’enfant, relèvera ici d’un processus d’affirmation de soi. En revanche il sera nécessaire de permettre à l’enfant de dépasser cette posture défensive afin qu’il puisse évoluer librement et sereinement dans ce nouvel environnement.

Une fois que l’enfant aura intégré un certain nombre de codes et de savoirs-être (faisant appel à des compétences psychosociales plus ou moins développées), il sera possible de lui laisser plus de liberté afin qu’il renforce sa confiance en lui.

Pour résumer, les parents peuvent se présenter comme des « guides » sans toutefois donner toutes les réponses, afin que l’enfant puisse faire l’expérience de lui-même au sein d’interactions nouvelles, et ainsi accepter de prendre des risques pour se confronter à l’altérité. Une fois ce principe établit, il sera question d’interroger régulièrement les enfants quant à leur sentiment d’intégration et d’adaptation à leur nouvelle réalité intérieure et extérieure.

Faciliter l’intégration et créer des espaces de sociabilité

Même s’il est parfois impossible de dégager du temps en dehors du projet professionnel des parents, et en fonction des contraintes imposées par la réalité du projet, il sera indispensable de penser aux espaces de sociabilité disponibles pour les enfants. C’est-à-dire, comment peuvent-ils rencontrer du monde dans des cadres « secure » et en mesure de les faire exister de façon « singulière ».

L’un des axes de ce processus de création de liens sera proposé par la scolarité. L’une des autres voies qui semble facilitante sera le sport et l’engagement au sein d’un club sportif ou d’une association locale.

Par exemple, les liens présents au sein de clubs sportifs seront en mesure de laisser une place à l’enfant, au-delà de sa différence de culture et malgré la « barrière de la langue ». En effet, si un enfant a déjà pratiqué un sport où une activité sportive, il sera en mesure de s’appuyer sur ce « méta-langage » afin de s’affirmer et de se faire confiance dans ses relations sociales…

Enfin, et cela peut paraître évident, il sera nécessaire de ne pas rompre les liens passés en permettant aux enfants de garder le contact avec leurs amis ou toute personne qui compte pour eux. Les réseaux sociaux sont dans ce cas-là très importants… Le maintien du lien est également une excellente ressource pour s’engager dans de nouvelles relations. Parfois, sans nouvelle des proches, l’enfant vivra alors une sorte de « double deuil », celui de sa vie d’avant, et celui lié à l’impossibilité de se sentir bien dans son nouvel environnement…

Pour plus d’informations :

Prendre contact avec les organisations sportives et associatives locales afin de prendre connaissance des possibilités offertes aux enfants.

https://lepetitjournal.com/expat-pratique/famille/expat-les-enfants-en-difficulte-et-lexpatriation-24691