L’essentiel en 30 secondes
« Pervers narcissique » n’est pas un diagnostic médical : ce terme courant décrit des comportements de manipulation, d’emprise et de dévalorisation de l’autre. Il est souvent rapproché du trouble de la personnalité narcissique (TPN), un trouble psychique reconnu.
- Le trouble de la personnalité narcissique est classifié dans le DSM-5, le manuel diagnostique de référence en psychiatrie.
- Les victimes présentent fréquemment des symptômes d’état de stress post-traumatique (ESPT) nécessitant un suivi psychologique spécialisé.
- Une consultation chez un médecin généraliste ou un psychiatre est le premier recours pour les victimes de relations toxiques.
- Les séances chez un psychologue sont prises en charge à 60 % par l’Assurance Maladie via le dispositif Mon soutien psy : jusqu’à 12 séances par an à 50 € la séance, en accès direct et sans prescription préalable, selon Ameli.fr.
- En cas de danger immédiat, appelez les services d’urgence (17, 112, 15 ou 18) ; en cas de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24 et 7 j/7.
Le conseil clé : Si vous vous reconnaissez dans une relation d’emprise, consultez un professionnel de santé mentale pour bénéficier d’un accompagnement adapté.
Informations vérifiées en 2026 — Sources : HAS, Ameli.fr, Ministère de la Santé
Entre manipulation et destruction, les personnes dites « perverses narcissiques » règnent en maître sur la vie de leurs victimes. Vous pensez en avoir une dans votre entourage ? En couple, en amitié, en famille ou au travail, il est primordial de savoir les reconnaître, pour se prémunir de leur toxicité et pouvoir s’en détacher. L’équipe médicale de Qare vous aide à y voir plus clair sur les profils et les outils utilisés par les pervers(e)s narcissiques.
Vous pensez avoir affaire à un(e) pervers(e) narcissique ?
Parlez des difficultés que vous vivez dans cette relation à un psychologue en vidéo pour faire le point et envisager un accompagnement adapté.
Qu’est-ce que la perversion narcissique ?
On appelle communément « pervers(e)s narcissiques » (PN) des personnes qui cherchent sans cesse à se valoriser en rabaissant les autres, souvent derrière une estime d’elles-mêmes fragile.
La notion de perversion narcissique a été formalisée à la fin des années 1980 par le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, puis elle est passée dans le langage courant. Elle reste pourtant absente des classifications psychiatriques et fait l’objet de controverses : « pervers narcissique » n’est pas un diagnostic médical reconnu. Dans cet article, le terme est employé au sens courant, pour décrire des comportements, et non pour poser un diagnostic.
Le diagnostic dont on le rapproche le plus souvent est le trouble de la personnalité narcissique (TPN). Le DSM, le manuel diagnostique de l’Association américaine de psychiatrie, le classe parmi les troubles de la personnalité du groupe B, avec les personnalités antisociale, borderline et histrionique. Il associe, de façon durable et dès le début de l’âge adulte, un sentiment de grandeur, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie. Son diagnostic repose sur un examen clinique par un professionnel de la santé mentale, psychiatre ou psychologue.
Le TPN est plus fréquent chez les hommes, mais les femmes peuvent elles aussi être concernées. Dans le langage courant, on parle alors de « perverse narcissique ».
Comment reconnaître un(e) pervers(e) narcissique ?
Très habiles à « switcher » d’attitude en privé et en public, ainsi qu’à cacher leur vraie nature, les pervers(e)s narcissiques sont difficilement reconnaissables. On les compare même souvent à des caméléons, ce qui rend leur pouvoir particulièrement dangereux.
Sympathiques avec tout le monde, on les inviterait bien volontiers manger à notre table. En privé cependant, seuls avec leur victime, ils se montrent sous leur vrai visage.
Quels sont les sentiments ressentis par les victimes ?
Les comportements des pervers(e)s narcissiques ont, bien entendu, un effet dévastateur sur les victimes. Perturbées et souvent isolées, elles font face à toutes sortes d’émotions. Parmi elles :
- La culpabilité (de ne pas en faire assez, de ne pas faire assez bien…) ;
- Une dévalorisation profonde d’elles-mêmes ;
- Une sensation de n’être plus elles-mêmes ;
- Une attention constante sur tout ce qu’elles font ou disent pour ne pas contrarier la personne narcissique.
À force d’être malmenée par une personne narcissique, une victime peut développer des troubles plus graves tels que le syndrome de Stockholm, des troubles du sommeil, de l’anxiété ou un syndrome dépressif susceptible de donner lieu à des idées suicidaires.
Dans ce contexte, certaines victimes développent un syndrome du sauveur, cherchant à protéger ou réparer leur agresseur au détriment de leur propre équilibre psychologique.
Quel est le comportement d’un(e) pervers(e) narcissique ?
Les signes qui doivent vous alerter
Les personnes perverses narcissiques sont souvent très séduisantes, charmeuses et flatteuses. En les rencontrant, vous serez tout de suite attiré par elles. C’est avec le temps, lorsque votre relation prendra forme, que la perfection du début se transformera en quelqu’un de véritablement odieux.
Quelques exemples concrets du comportement d’un(e) pervers(e) narcissique :
- Souffle le chaud et le froid, en changeant constamment d’opinion et en entretenant une communication toujours floue ;
- Raconte des mensonges — voir aussi les mensonges pathologiques (mythomanie) ;
- Est incapable d’assumer la responsabilité de ses actes, de se remettre en question ou d’assumer ses torts ; dégage un sentiment de surpuissance, de rigidité ;
- N’a pas conscience du mal qu’il fait ou n’en a que faire. Les actes qu’il pose ou les mots qu’il dit sont cependant toujours calculés.
- Est jaloux, parfois à l’excès ;
- Veut constamment être reconnu et adulé ;
- A plusieurs facettes et peut passer d’une émotion à une autre très rapidement, un mécanisme qui se rapproche du triangle dramatique de Karpman.
Pervers narcissique homme : quels sont les symptômes ?
Dans l’usage courant, le terme vise le plus souvent un homme. Le sociologue Marc Joly, chargé de recherche au CNRS, a étudié son emploi dans la presse et sur les forums en ligne : il y désigne très majoritairement un homme qui exerce une violence psychologique ou morale dans le couple, par la manipulation ou le harcèlement.
Pour diagnostiquer un trouble de la personnalité narcissique, le psychiatre ou le psychologue recherche au moins 5 des 9 traits décrits dans le DSM. Plusieurs recoupent les comportements cités plus haut :
- un sentiment exagéré de sa propre importance et de ses talents ;
- des rêveries de succès, de pouvoir, de beauté, d’intelligence ou d’amour idéal ;
- la conviction d’être spécial et unique, et de ne devoir fréquenter que des personnes « à sa hauteur » ;
- un besoin d’admiration excessif ;
- le sentiment que tout lui est dû ;
- une tendance à exploiter les autres pour parvenir à ses fins ;
- un manque d’empathie ;
- de l’envie envers les autres, ou la conviction que les autres l’envient ;
- de l’arrogance, une attitude hautaine.
Autre trait marquant : une grande sensibilité à la critique et à l’échec, car son estime de lui-même dépend du regard des autres. Remis en cause, il peut réagir par la colère, le mépris ou la contre-attaque, ou au contraire se mettre en retrait.
Comment reconnaître un pervers narcissique en couple ? En famille ? En amitié ou au travail ?
Sachez que les pervers(e)s narcissiques se cachent dans tous les groupes de la société. Ils peuvent donc aussi bien être un compagnon, qu’un frère, une collègue ou une amie.
On trouve de nombreuses similitudes dans les relations amicales et amoureuses narcissiques, avec une véritable dépendance affective de la victime, une confiance aveugle et un isolement du reste du monde orchestré par l’autre.
Au niveau professionnel, ils existent aussi ! Leur toxicité se traduit par un harcèlement moral, une volonté de rabaisser, de culpabiliser et là encore, d’isoler. Les répercussions sur le plan professionnel sont tout aussi dévastatrices, puisque les victimes perdent toute confiance en elles, en leur capacité à exercer leur travail et sont davantage sujettes aux burn-out.
En famille, la devise d’un(e) pervers(e) narcissique est de “diviser pour mieux régner”. La personne atteinte va manipuler certains membres de la famille pour les dresser les uns contre les autres, répandre des rumeurs, isoler certaines personnes, afin de les rendre dépendantes d’eux.
A lire aussi : syndrome de la femme battue, comment s’en libérer ?
Un psychologue pour vous accompagner
Consultez un professionnel et entamez votre reconstruction.
Par ailleurs, la perte de confiance en soi provoquée par ces manipulations peut favoriser l’apparition du syndrome de l’imposteur, où la victime doute de ses propres compétences professionnelles.
Facteurs et personnes à risques
Trouble de la personnalité narcissique : quels sont les facteurs de risques ?
Il reste encore beaucoup de zones d’ombre concernant les origines du trouble de la personnalité narcissique. Néanmoins, plusieurs recherches s’accordent à dire qu’il existe une prévalence chez les personnes ayant vécu des comportements parentaux excessifs ou négligents durant leur enfance.
On entend par négligent ou excessif :
- Un manque de reconnaissance ou d’affection ;
- De la manipulation ;
- Des attentes démesurées et inadaptées à l’âge ;
- Des abus émotionnels ;
- Un manque de considération des besoins de l’enfant.
Quels sont les profils à risque face aux pervers(e)s narcissiques ?
Les pervers(e)s narcissiques sont, par définition, manipulateurs et très intelligents. Aussi, ils ne choisissent pas leur cible au hasard, bien au contraire. Ils ont une très bonne capacité d’analyse et n’ont aucun mal à déceler une quelconque faiblesse qu’ils pourraient exploiter.
Il n’est donc pas étonnant que ces individus jettent leur dévolu sur des personnes ayant une faible estime d’elles-mêmes ou en situation de dépendance affective. Ils profitent également des êtres sensibles, empathiques, qui ignorent ou ne peuvent imaginer que de tels comportements existent.
Comment se protéger d’un pervers narcissique ?
Face à une personne qui refuse de voir le mal qu’elle fait, la priorité n’est pas de la convaincre ou de la changer, mais de vous protéger :
- Ne restez pas seul(e) : parlez de ce que vous vivez à un proche de confiance. Son regard extérieur aide à prendre la mesure de la situation et à rompre l’isolement que ce type de relation installe ;
- Faites-vous accompagner : consulter un psychologue ou un psychiatre aide à comprendre l’emprise, à reprendre confiance en soi et à préparer, si besoin, une séparation ;
- Prenez de la distance : si l’autre refuse toute remise en question, s’éloigner est parfois le seul moyen de se préserver. Au travail, limitez les échanges au strict nécessaire, en restant bref et factuel.
Dans le couple, ces comportements peuvent relever de violences psychologiques. Le site gouvernemental Arrêtons les violences en donne des exemples : humiliations, dévalorisation, chantage affectif, interdiction de voir ses amis ou sa famille, menace de se suicider si l’autre part. Ces violences sont interdites et punies par la loi.
Le 3919 (Violences Femmes Info) écoute et oriente les femmes victimes de violences, leur entourage et les professionnels. Il est gratuit, anonyme et joignable 24 h/24, 7 j/7. Ce n’est pas un numéro d’urgence : en cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112 (le 114 par SMS pour les personnes sourdes, malentendantes ou aphasiques). Une plateforme de signalement en ligne permet aussi d’échanger par tchat, 24 h/24, avec des policiers ou des gendarmes formés à ces violences.
Si l’emprise s’accompagne de pensées suicidaires, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide : gratuit et joignable 24 h/24, 7 j/7, il vous met en relation avec un professionnel du soin formé à la prévention du suicide.
Peut-on soigner un pervers narcissique ?
« Pervers narcissique » n’étant pas un diagnostic, ce que l’on peut soigner, c’est un trouble de la personnalité narcissique, une fois qu’un psychiatre ou un psychologue l’a diagnostiqué. Les tests en ligne ne remplacent pas cet avis. Le bilan sert aussi à écarter des troubles qui peuvent lui ressembler :
- le trouble bipolaire, avec lequel le sentiment de grandeur peut prêter à confusion ;
- le trouble de la personnalité antisociale, qui conduit lui aussi à exploiter les autres, mais plutôt pour un gain matériel ;
- le trouble de la personnalité histrionique, qui pousse lui aussi à attirer l’attention des autres, mais sans rechercher avant tout leur admiration.
Le trouble de la personnalité narcissique peut aussi s’associer à d’autres troubles : dépression, anorexie, addiction à une substance ou autre trouble de la personnalité.
La prise en charge repose sur la psychothérapie. Selon l’expertise collective de l’Inserm sur les psychothérapies, l’approche psychodynamique apparaît efficace dans les troubles de la personnalité pris dans leur ensemble, avec des changements qui s’observent plutôt sur le long terme qu’à court terme. Des méthodes conçues pour le trouble borderline (thérapie basée sur la mentalisation, psychothérapie focalisée sur le transfert) peuvent être adaptées au trouble narcissique, et une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) peut aussi convenir.
Une thérapie suppose que la personne concernée reconnaisse ses difficultés et accepte de s’y engager. Ce n’est ni le rôle ni la responsabilité de son entourage, et encore moins de sa victime.
Vous vous reconnaissez dans ces comportements ?
Un psychiatre peut faire le point avec vous en vidéo et vous orienter vers une prise en charge adaptée.

