Crise du Covid-19 : comment impacte-t-elle nos enfants ? L’avis du psy

Par Zoé Falgarone · Rédactrice web santé · Mis à jour le 10 septembre 2020, publié le 4 septembre 2020

Contenu validé par la Direction médicale de Qare.

La pandémie que nous sommes actuellement en train de vivre créé un climat anxiogène qui affecte également l’équilibre psychologique des enfants. Si vous êtes parents, comment faire face aux éventuelles répercussions que cela peut avoir sur votre enfant ? Nous avons posé la question à Dr Fanny Jacq, psychiatre et directrice de la santé mentale, chez Qare.

1/ Depuis mars, quels peuvent être les impacts de cette crise sanitaire sur la santé mentale et le bien-être des enfants ?

La première chose, c’est que cela risque d’encore un peu plus creuser le fossé social entre les enfants. Il y a des enfants qui arrivent avec un plus gros retard que d’autres, car ils vivent dans des conditions plus défavorables, ils n’ont peut-être pas d’ordinateur ou leurs parents n’ont peut-être pas été en mesure de les aider. Ce décalage pourrait créer une forme de phobie scolaire chez certains, du fait qu’ils se sentent complexés, en retard, car cette phobie est souvent liée à une anxiété de performance.

En revanche, ce que l’on a observé, c’est que le confinement a plutôt été un moment rassurant pour les enfants car ils étaient avec leurs familles. C’est le déconfinement qui est plutôt source de stress et d’anxiété. Ils voient régulièrement les infos, les adultes font peut-être moins attention à ne pas en trop parler devant eux. Avec tout ce qu’ils entendent, le retour à l’école, entourés de plein d’autres enfants, peut leur paraître inquiétants.

Et puis, il y a les enfants anxieux, ceux qui vont avoir peur du virus. Le fait qu’il y ait des règles à respecter ça fait un peu peur aussi. L’école est plus triste, certains lieux, comme le gymnase ou la cour de récréation sont interdits…

Il y a aussi les projections des parents qui sont eux-mêmes stressés, qui ne peuvent pas répondre à toutes les questions, et qui ne savent pas jusqu’à quand ça va durer.

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2/ Comment repérer si ça ne va pas chez son enfant ?

Il faut repérer les signes en lien avec la phobie scolaire, des signes physiques, qui se manifestent juste au moment d’aller à l’école. S’il a mal au ventre, mal à la tête, dit qu’il est très fatigué, etc.

Il faut également surveiller les signes classiques, l’alimentation, le poids, le sommeil, s’il y a une baisse dans les notes. La période de confinement a également pu développer une addiction aux écrans. C’est une habitude qu’ils vont devoir perdre.

3 / Que peuvent faire les parents lorsqu’ils remarquent un problème ?

Si on note des symptômes liés à la phobie scolaire ou à une anxiété qui s’installe, il faut réagir comme on réagirait s’il y avait un problème hors Covid-19. Par exemple, prendre rendez-vous avec la maîtresse pour savoir s’il y a des manifestations à l’école, prendre rendez-vous avec l’infirmière scolaire ou le pédiatre. Une fois que d’autres causes sont exclues et si le souci persiste, il faut envisager d’aller voir un pédopsychiatre ou un psychologue pour enfant.

Évidemment, les enfants anxieux vont poser plein de questions, vont essayer de regarder les infos. Mais, il ne faut pas se précipiter si son enfant est un peu anxieux pendant quelques jours, il faut essayer de revenir à la normalité. Attendre de voir si cela continue.

4 / En tant que parent, que peut-on faire pour limiter l’anxiété chez nos enfants ?

Les enfants sont de véritables éponges. Alors, il ne faut pas laisser la télévision allumée toute la journée sur les infos. On regarde ensemble, pendant 30 minutes, puis on fait le point.

Il ne faut surtout pas leur diffuser nos propres peurs, nos propres angoisses. Les enfants s’inquiètent si les parents sont inquiets. Il ne faut pas rentrer du travail et ne parler que de ça ou les stresser en leur demandant dix fois s’ils se sont bien lavés les mains, par exemple.

S’ils vous posent des questions, répondez-leur mais n’allez pas plus loin pour ne pas créer de nouvelles sources d’angoisse. Répondez quand vous êtes sûr de votre réponse. Sinon, recherchez l’information. Les enfants ont une capacité d’adaptation, donc il ne faut pas dramatiser. Vous pouvez reprendre la vie comme avant et parler un peu d’autre chose.