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7 min de lecturePublié le 17/05/21

La pandémie de covid-19 a accru les troubles psychologiques chez les enfants. Comment les repérer ? Que faire ? L'avis de la pédopsychiatre.
La pédopsychiatre Dr. Nathalie Ferrant-Otormin répond aux questions de Qare sur la santé mentale des enfants. Quelles sont les conséquences possibles de la pandémie survenue en 2020 sur les enfants à court et moyen terme ? Comment repérer les premiers signes de trouble ? Que peuvent faire les parents pour les prévenir ? Et, surtout, quand et qui consulter ?
Dr. F-O – Que ce soit à l’hôpital ou en libéral, on retrouve souvent les mêmes motifs de consultation, qui sont :
« Les problèmes d’attention et d’apprentissage sont accentués par le fait qu’il y a trop de distractions environnantes. »
Dr. F-O – La pandémie est venue s’ajouter à des problèmes déjà existants. Il y a souvent un terrain déjà compliqué, comme un divorce ou un décès dans la famille. Les problèmes d’attention et d’apprentissage sont accentués par le fait qu’il y a trop de distractions environnantes. Certains enfants nous rapportent qu’ils n’hésitent pas à aller sur les réseaux sociaux pendant leurs cours en ligne. Il est également beaucoup plus difficile de rester concentré sur un écran que dans une salle de classe.
Dr. F-O – Les retards d’apprentissage sont difficiles à rattraper, d’autant plus s’ils ne sont pas pris en charge assez tôt. Il faut mettre en place des aménagements spécifiques dès le plus jeune âge. L’anxiété et les phobies (sociales, des microbes…) sont des troubles qui peuvent s’installer sur le long terme et laisser des séquelles. Le principe est le même : plus on s’en occupe tôt, plus les chances de guérison s’améliorent.
« Il y a des enfants qui ne peuvent malheureusement pas bénéficier d’aide pour leurs devoirs. »
Dr. F-O – Les difficultés sont plus fréquentes et plus importantes dans les familles déjà fragilisées d’un point de vue économique. Il y a des familles qui vivent dans de petits espaces, ce qui génère des conflits et peut conduire à des situations explosives.
Les difficultés économiques génèrent évidemment des problèmes pour les fournitures en matériel. J’ai connu l’exemple d’une famille qui n’avait qu’un seul ordinateur pour toute la maison. Cela demande beaucoup d’efforts et d’adaptation de la part des parents. En plus de cela, il y a des enfants qui ne peuvent malheureusement pas bénéficier d’aide pour leurs devoirs. À l’inverse, il y a des parents qui préfèrent faire les devoirs de leurs enfants, ce qui ne leur rend pas service à terme !
D’autres facteurs entrent aussi en compte. L’hyperconnexion aux écrans, les jeux vidéo peuvent nuire au bon développement de l’enfant. Cependant, si l’enfant passe beaucoup de temps sur le téléphone, il faut également se rappeler qu’à cet âge, on a d’autres préoccupations. C’est aussi le moyen pour eux de maintenir le contact avec leurs amis.

Dr. F-O – Généralement les parents remarquent quand il y a un problème, il faut leur faire confiance. Ils connaissent leurs enfants et voient très bien lorsqu’ils commencent à changer de comportement et que cela devient anormal. C’est pour cela que je vois rarement des parents consulter sans raison valable, même si parfois, c’est finalement plus à eux qu’à leur enfant que la consultation va servir.
Dr. F-O – Les signaux que l’on peut retrouver sont très variés. La perte de motivation, le repli sur soi, la dévalorisation de soi, le besoin de rester dans le cocon de la maison, sont des signaux de tristesse chez les enfants. Lorsqu’un enfant ne prend plus soin de lui, arrête d’appeler ses copains et de pratiquer les activités qu’il aime, qu’il est toujours fatigué et ne veut rien faire, il faut s’inquiéter.
Ces troubles peuvent évoluer et entraîner l’apparition de tics et de tocs, de phobies, de trouble du comportement alimentaire ou encore une baisse des notes en classe. Ces symptômes doivent également être pris au sérieux.
« L’école joue également un rôle de lanceur d’alerte car elle repère les enfants en difficulté. »
Dr. F-O – Les demandes de consultation de parents sont rarement injustifiées. Parfois, même une seule séance suffit à recadrer les choses. Les parents ont souvent besoin d’être rassurés, et ces séances peuvent les aider et servir à titre préventif.
L’école joue également un rôle de lanceur d’alerte car elle repère les enfants en difficulté. Cependant, il est parfois un peu tard pour commencer la prise en charge. Les troubles de l’apprentissage doivent faire l’objet d’un suivi le plus tôt possible. Donc si vous notez un problème, il ne faut pas hésiter à consulter.
Un accompagnement adapté à votre enfant
Consultez les profils et les disponibilités des pédopsychiatres pour choisir un professionnel adapté à l’âge de votre enfant.
Dr. F-O – Vous pouvez le rassurer en lui expliquant que tout ce qui est dit avec le psy reste secret, et qu’il peut donc parler en toute confiance. Il ne faut surtout pas forcer la rencontre. C’est au pédopsychiatre de créer le lien avec l’enfant.
En général, les premières consultations se font avec un seul parent, le plus souvent la maman, avec ou sans l’enfant. Le psy échange avec le parent en présence de l’enfant qui écoute, tout en pouvant intervenir quand il le souhaite. Ce moment d’échange avec le parent soigne autant que si on lui parlait à lui. En fonction de son âge, il est possible de le voir seul en séance ou de ne faire intervenir le parent qu’en fin de séance par exemple.
« La pandémie a bouleversé les routines. L’une des premières recommandations à donner est de ritualiser la journée. »
Dr. F-O – La pandémie a bouleversé les routines. L’une des premières recommandations à donner est de ritualiser la journée. Prendre le petit-déjeuner en famille, s’habiller avant de commencer les cours ou le travail, dîner ensemble, se raconter sa journée, aller promener le chien en famille. Ce sont des moments de liberté au cours desquels les membres de la famille redécouvrent comment faire les choses ensemble.
Certains enfants ou adolescents présentent des problèmes de comportement, mais cela relève plus de l’éducatif que d’une prise en charge psychologique. Vous pouvez essayer de passer des contrats avec eux, pour qu’ils passent certaines périodes sans écran, par exemple. Essayez de passer également plus de temps avec eux. Vous pouvez proposer de cuisiner ensemble, de mettre la table ensemble, de regarder une série ensemble : cela permet de recréer du dialogue et du lien.
Un autre conseil que je peux apporter est de limiter l’exposition aux chaînes d’information en continu. Il faut faire attention aux images que les enfants regardent. C’est aux parents de préserver les enfants de l’angoisse et d’avoir un rôle de filtre. Mieux vaut lire la presse, qui favorise une certaine distanciation, et leur expliquer ce qu’il se passe.
Enfin, n’hésitez pas à consulter votre médecin généraliste. Beaucoup de parents n’osent pas “déranger” pour un motif autre que la COVID. Or c’est tout à fait légitime, tout le monde a besoin de vider son sac, sauf qu’il n’y a plus les réunions entre amis pour le faire ! Vous pouvez également vous orienter vers la téléconsultation pour consulter depuis chez vous et ainsi éviter la salle d’attente et gagner du temps.
Sources officielles.
Nos articles citent des sources officielles : HAS, Ameli, études cliniques.
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Le Dr Ferrant-Otormin vous donne les clés pour mieux comprendre l'état psychologique de votre enfant et prendre soin de sa santé mentale.